NE PAS OUBLIER CERTAINS POINTS CRITIQUES QUAND ON FAIT LE CHOIX DE PROTEGER DES PATIENTS IMMUNODEPRIMES AVEC DES FILTRES TERMINAUX

NE PAS OUBLIER CERTAINS POINTS CRITIQUES QUAND ON FAIT LE CHOIX DE PROTEGER DES PATIENTS IMMUNODEPRIMES AVEC DES FILTRES TERMINAUX

La confirmation de la nécessité de ne pas oublier certains points critiques lors de la mise en place d’une stratégie de prévention des infections d’origine hydrique chez des patients immunodéprimés vient d’être scientifiquement démontrée par un très intéressant article récemment publié par le CHU de Montpellier :

Tracking the spread routes of opportunistic premise plumbing pathogens in a haematology unit with water points-of-use protected by antimicrobial filters. Baranovsky S. et al. Journal of Hospital Infection,2018,98,53-59.

L’objectif de cette étude était de valider l’efficacité de la filtration de l’eau en pratique quotidienne et de traquer des voies de transmission secondaires dans un service d’hématologie à partir de points d’eau non filtrés permettant une circulation potentielle de souches pathogènes opportunistes issues du réseau de distribution d’eau.  L’unité hématologique du CHU de Montpellier accueille des patients traités pour diverses pathologies hématologiques malignes dans 19 chambres individuelles comprenant chacune une salle de bains avec douche, WC et lave-bassin. Pour protéger les patients d’une Infection Associée Aux Soins (IAS) une étude de risque (water safety plan) a identifié 73 points d’eau incluant 52 points d’eau à « haut-risque » qui ont été équipés de filtres terminaux . Ces 52 points étaient les robinets et les douches des patients ainsi que les lave-bassins utilisés pour les soins ou le lavage des mains ainsi qu’un unique robinet dédié aux pratiques à risque dans les pièces réservées au ménage, au relais cuisine pour les patients et au repos des infirmières. Tous ces filtres étaient changés mensuellement.

De janvier 2011 à décembre 2014, bien que ces 52 points critiques aient été équipés en permanence de filtres terminaux, 31 souches de Pseudomonas aeruginosa et 12 souches de Stenotrophomonas maltophilia ont été isolées dans des hémocultures de respectivement 19 et 6 patients. De février à avril 2014 un patient a présenté une bactériémie due au génotype ST308 de Pseudomonas aeruginosa, qui était par ailleurs dominant tant chez les patients que dans l’environnement de cette unité. Ceci a fait fortement suspecter une infection d’origine hydrique malgré la présence de filtres terminaux efficaces, conduisant à émettre l’hypothèse de voies de transmissions secondaires à partir de sources hydriques dans cette unité. Une étude y a donc été réalisée par l’équipe en charge de l’Hygiène Hospitalière incluant échantillonnage et analyse de l’eau en amont et en aval des filtres et opération «échantillonnage-coup de poing» dans l’environnement. Celle-ci a conduit à d’intéressants résultats. Aucune bactérie n’a été trouvée en aval des filtres terminaux tandis que de nombreuses souches de Pseudomonas aeruginosa, d’autres espèces de Pseudomonas et de Stenotrophomonas maltophilia étaient isolées en amont des filtres et dans l’environment, spécialement dans les siphons et les zones ou objets humides.

Pour traquer les bactéries dans les voies secondaires de transmission à partir de sources hydriques il a été réalisé un travail par observation des pratiques et interviews, ainsi que des campagnes de prélèvements des surfaces. Pseudomonas aeruginosa a été identifié dans deux voies de transmission à partir de la salle de repos des infirmières et des locaux « nettoyage ». Dans la salle de repos Pseudomonas aeruginosa a été retrouvé jusqu’à 4 m de distance de sa source et persistait sur la table (pourtant une surface sèche !) mais n’est pas sorti de la pièce. En revanche pour la voie « nettoyage », un clone spécifique a été isolé à de nombreux endroits des locaux dédiés à l’équipe de nettoyage et a diffusé jusqu’à deux pièces distantes de 30 m, probablement via des objets communs à ces deux pièces tels que le chariot de ménage ou des seaux. Ceci peut expliquer la contamination dans leur chambre de ces patients immunodéprimés via les soins infirmiers, le matériel de nettoyage et divers dispositifs ou surfaces.

En conclusion de leur étude, les auteurs montpellierains soulignent l’efficacité de la filtration antimicrobienne au point d’usage dans les conditions d’utilisation quotidienne mais aussi le transfert, même à longue distance, de bactéries hydriques à partir de robinets sans filtres, diffusant dans le service par des voies secondaires en dehors du réseau de distribution d’eau. Ils en concluent que la stratégie consistant à ne filtrer l’eau que des points à haut risque est suffisante pour limiter la diffusion de bactéries pathogènes opportunistes hydriques mais qu’une diffusion résiduelle de ces souches peut survenir à partir de l’utilisation de points d’eau non filtrés, même à distance de ceux-ci. L’utilisation d’eau non filtrée au point d’usage dans un service à haut risque doit donc être accompagnée de précautions clairement signalées à l’équipe avec la mise en place de protocoles et fiches techniques dédiés à la prévention du risque de transmission au patient.

“Tracking the spread routes of opportunistic premise plumbing pathogens in a haematology unit with water points-of-use protected by antimicrobial filters. Baranovsky S.
et al. Journal of Hospital Infection,2018,98,53-59.”

S. Baranovsky a,b , E. Jumas-Bilak a,b , A. Lotthe´ a,b , H. Marchandin b, c , S. Parer a,b , Y. Hicheri d , S. Romano-Bertrand a,b, * a Département d’Hygiène Hospitalière, CHU Montpellier, Montpellier, France bUMR5569 HydroSciences Montpellier, Equipe «Pathogènes Hydriques Santé Environnements», Faculté de Pharmacie, Montpellier, France c Laboratoire de Bactériologie CHU Nîmes, Nîmes, France d Département d’Hématologie Clinique, CHU Montpellier, Montpellier, France.

One thought on “NE PAS OUBLIER CERTAINS POINTS CRITIQUES QUAND ON FAIT LE CHOIX DE PROTEGER DES PATIENTS IMMUNODEPRIMES AVEC DES FILTRES TERMINAUX

  1. Bonjour,
    Article très intéressant ; problématique à prendre en considération dans la prévention et la gestion des risques d’origine hydrique.
    Merci
    Cordialement

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